2019 – Le chaudron // The cauldron

Written in French, Le chaudron / The cauldron, is a micro-blog and a social network experiment of sharing with friends the process of writing my first novel, documenting it day by day between the 12th and the 31st of August 2019 and once in a while since September 2019.

The novel is called Étés, as in “summers” and “what has been and is no more”. It’s a coming of age story in a suburban town near Paris, a story made of tenderness and various violences. It’s the story of a group of friends disintegrating at the beginning of the 2010s. What kind of life did we used to have, when we were privileged, not even twenty, but felt we had no horizon?

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/////////////////////////////////// journal discontinu //// 3.10.2019 ////////////////////////////////////

après une résidence en août 2019 (voir plus bas “11.08.2019”), de retour à Berlin, puis hébergée à Bristol, je reprends l’écriture de mon roman, Étés.

c’est une histoire qui sourd dans mon cerveau depuis longtemps, c’est un roman d’apprentissage en banlieue parisienne, fait de tendresse et de violences diverses, c’est l’histoire d’un groupe d’ami.e.s. qui se désintègre au tournant des années 2010. c’est l’occasion pour moi de retourner dans ma ville d’adoption, S. et de voir comment on y poussait quand on avait vingt ans et des privilèges mais pas d’horizon.

j’écris le matin et de jeudi à dimanche, d’où ce journal discontinu pour continuer de garder une trace de mes progrès et de mes questions. je poste de temps en temps des extraits.

bienvenu.e.s. ici, dans le chaudron, là où un désir de magie fait bouillir des ingrédients innommables. merci d’être là.

pour les commentaires, bienvenus, https://www.facebook.com/events/2534726133464022/ ou m.yan@posteo.net

http://www.marieyan.com

/////////////////////////////////// journal discontinu //// 23.11.2020 ////////////////////////////////////

Deuxième confinement. À Berlin cette fois-ci. J’ai trouvé une table de cuisine dans la rue, bureau parfait.

Je n’ai toujours pas tapé toute la deuxième partie, qui dort dans mon cahier depuis le printemps. Peur de me relire, ennui de devoir le faire. Il faudra bien que je m’y mette. J’ai écrit d’autres choses entretemps, au moins je sauve la face.

En attendant :

Notes préliminaires au bonheur

Il me manque la troisième partie du roman. Dans celui-ci je veux traduire le plus grand bonheur possible.
Le paradis perdu.
Il apparaîtra peut-être comme un retour en arrière à partir de la fin de l’été de l’enfer.

Pour ça déjà, j’ai besoin de me souvenir du bonheur, en détails. Alors que c’est sans doute ce qui a le moins de détails dans tous mes souvenirs. Funny how the brain works.

Je voudrais que ce chapitre soit comme si à la fin de la deuxième partie on s’endormait en larmes, exténué.e mais de cette fatigue qui est la purge du corps dans le malheur. Pas la fatigue qui tue, qui empoisonne juste assez pour que les spasmes donnent l’impression que le temps ne fait que se répéter mais la fatigue qui force à se coucher, à cesser de lutter, pour se relever ensuite. Que dans la troisième partie on se réveille in a daze et qu’il y ait comme un halo autour de tous les moments de bonheur qui sont ensuite décrits.

Je me demande sur combien de temps cette troisième partie s’étale. Ça devait être sur un été comme les deux autres mais finalement j’ai l’impression que c’est un ensemble de fragments. Chaque fragment comme une pierre brillante.

J’essaie de me souvenir de passages à relire.
Quand le narrateur voit passer le groupe de jeunes filles sur la plage de Balbec dans À l’ombre des jeunes filles en fleur.
Dans Le Hussard sur le Toit, quand Pauline se réveille et qu’elle est guérie du choléra.
Dans Le Capitaine Fracasse, quand la troupe trouve un trésor en creusant un trou pour enterrer le vieux chat.
Dans La Maison aux esprits quand on retrouve les deux petits enfants qu’on croyait égarés qui jouent nus sous la table.
La Chine en dix mots : Yu enfant qui fait la sieste sur la dalle qui sert à préparer les cadavres.
On Earth We Are Briefly Gorgeous, quand Little Dog porte une robe et danse devant Trevor.
La Bâtarde, quand elle dépense tout l’argent du loyer dans de beaux vêtements.
The God of Small Things, quand Ammu et Velutha se retrouvent la nuit, et dans The Ministry of Utmost Happiness, quand une communauté s’organise dans le cimetière autour de la bicoque d’Anjum.

J’ai l’impression que je ne pourrai pas écrire cette partie à la main, je devrai la taper directement.

Je ne suis toujours pas partie à Hong Kong, évidemment. Janvier it is.

/////////////////////////////////// journal discontinu //// 3.7.2020 ////////////////////////////////////

18h44 heure britannique.
avril, mai, juin, juillet. fin du confinement plus ou moins. fini d’écrire un cahier. 75 pages pour ne pas perdre la boule. environ 27 225 mots, comme l’été dernier. combien dans tout ça à garder ? on verra. tout à taper à l’ordinateur, déjà. je ne suis pas encore sûre mais je vais peut-être inverser la troisième (Été de l’enfer) et la deuxième partie (Été du paradis). le roman se terminera peut-être sur une troisième partie beaucoup plus courte : d’abord comment le groupe des personnages se forme (Été de l’innocence), ensuite comment il se défait et comme un retour en arrière qui troue le coeur, un moment très précis du bonheur partagé absolument. j’ai lu L’Enfer de Dante pendant le confinement, tout le monde me dit que le Purgatoire et le Paradis sont très ennuyeux.
dramaturgiquement, La Comédie et La Recherche sont le même livre. Marcel devient écrivain. Dante devient poète.

je pars en septembre à Hong Kong pour un autre projet de livre et de théâtre. je veux essayer d’avoir un premier jet complet. c’est presque impossible mais je rêve d’aller de Hong Kong au Viêtnam à la fin de l’année si la situation s’améliore, de rencontrer Anna Moï chez elle à Saïgon et si elle le veut bien, de lui faire lire quelques pages du roman.

/////////////////////////////////// journal discontinu //// 8.4.2020 ////////////////////////////////////

chaque jour, deux pages. en me levant ou avant d’aller dormir.

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notes sur 2666 de Roberto Bolaño: partie des crimes insupportable mais la force du livre c’est que quelle que soit la manière dont les personnages se comportent, même s’ils se forcent à être humains, ils sont toujours interrompus par l’inhumain. c’est le seul schéma stable, l’humain interrompu constamment par l’inhumain, donc en réalité le produisant. Bolaño est très fort pour montrer clairement que toute la société est prise dans un engrenage de violences. impérialisme industriel qui crée la pauvreté, culture du viol qui déshumanise les femmes, police incompétente, élites corrompues, prisons sans droit. chaque personnage qu’on suit sert à lever le voile sur un aspect de cet engrenage.

le première partie montre le temps dont dispose l’élite, qui se rend d’un lieu à l’autre, agonise sur des amourettes… les victimes des féminicides n’ont aucun temps. deux phrases sur leur condition puis la torture, le viol, la mort. temps de l’Europe (les quatre universitaires de la première partie) contre temps de l’Amérique du Sud (partie des crimes) ?

/////////////////////////////////// journal discontinu //// 7.4.2020 ////////////////////////////////////

j’essaie décrire très régulièrement puisque malheureusement le confinement me permet d’être très peu distraite. j’écris tous les jours 1000 mots environ. c’est peu mais j’ai décidé d’écrire à la main de nouveau. mes yeux sont moins fatigués, après avoir fini d’écrire je me sens bien et calme. j’ai voulu écrire la deuxième partie du roman – L’été du paradis – et j’ai renoncé, mon humeur est trop loin de celle dont j’ai besoin pour retrouver le fil de cette deuxième partie. alors, erreur ou pas, je me suis mise à la troisième partie, L’été de l’enfer, qui est plus dure et parfois satirique.
je continue de suivre le même objectif : écrire le plus possible, sans faire attention à l’ordre des épisodes, que je réarrangerai quand j’aurai l’impression d’avoir accumulé assez.

mes personnages se développent assez naturellement, ils se teintent lentement de leur part ombrageuse. dans cette partie où tout le monde est à couteaux tirés, c’est plutôt agréable de les voir être très crus et distincts, chacun dans sa cruauté propre.

/////////////////////////////////// journal discontinu //// 23.3.2020 ////////////////////////////////////

je suis de nouveau à Bristol, on s’isole à cause de la pandémie.

13h49 1186 mots : écrit très lentement. je me suis attaquée à un passage très compliqué, où j’essaie de traduire un sentiment de bonheur du personnage principal mais un bonheur anonyme, comme s’il abolissait la personnalité et les détails individuels. Un bonheur comme une sorte de niveau zéro et d’indéfinition qui arrête l’expérience du temps. je suis assez loin du compte mais en insistant je trouverai. écrire sur le bonheur me paraît très ennuyeux mais je résiste à le rendre ambigu, j’ai besoin d’un moment, court, sans aucune ambiguïté. je m’y remettrai plus tard.

/////////////////////////////////// journal discontinu //// 14.3.2020 ////////////////////////////////////

20h12 1080 mots. Écrit un passage court sur l’idée de monstre. Quels sont les monstres de ce roman ?

Fini de lire hier La course au mouton sauvage de Murakami. J’ai beaucoup résisté pendant la lecture. Le narrateur parle des filles et des femmes uniquement en rapport à leur capacité de séduction. Je me suis souvent ennuyée, j’ai sauté des pages. Malgré ça un charme certain reste dans la tête quand on a fini. Les coutures du texte sont extrêmement fines, on est toujours surpris.e. Ce qui existe autour du narrateur n’est pas constamment instrumentalisé pour refléter son humeur et le texte en est conscient d’une manière presque métatextuelle – c’est une des sources de son humour. Dramaturgiquement, le roman est similaire à L’étranger de Camus, une histoire qui tourne autour d’un homme qui ne ressent presque rien.

/////////////////////////////////// journal discontinu //// 27.2.2020 ////////////////////////////////////

15h33 2900 mots depuis à peu près midi.

J’ai tout le dos bousillé à force de m’asseoir en S et de contracter tous les muscles parce que la scène que je viens d’écrire contient des personnages contractant tous les leurs. Une scène qui tourne autour de la masturbation et de la colère, comment deux potes se touchent dans une maison déserte et comment ça devient un apprentissage de la virilité fondée sur la compétition et la domination. Je crois que c’est pas mal. J’ai ri sous cape dans le bureau. C’est modestement vulgaire mais je ne crois pas gratuitement. « Faire bouger la langue par les extrêmes » Coluche

Lu cette semaine, Conversations with friends de Sally Rooney – bon premier roman et qui me donne des pistes pour la satire, et If Beale Street could talk de James Baldwin – magnifique du début à la fin, comment en plaçant bien le mécanisme de la tragédie politique on peut maintenir un vibrato en étant au plus proche de celleux qui tentent au jour le jour de déjouer la structure générale, sans montées et descentes artificielles du sentiment quand on lit (sans jouer avec de faux soulagements et de faux espoirs), en faisant juste sentir l’intelligence et la créativité brute que les circonstances exigent des personnages.

/////////////////////////////////// journal discontinu //// 17.2.2020 ////////////////////////////////////

15h16 1196 mots aujourd’hui. La régularité manque. La moitié des épisodes que je raconte font remonter un sentiment de nausée qui est parfois un bon départ, parfois simplement un facteur de découragement. Je continue de lire The Ministry of Utmost Happiness et chaque page est une description de tortures et d’évènements pendant la guerre du Kashmir. Ça pèse.

Dans ce que j’écrivais aujourd’hui je commence à voir comment je peux parler de l’exotisation de l’autre qui rampait dans la culture des jeunes du groupe. J’avais oublié qu’un truc comme Koh-Lanta existait, my oh my.

Lu des extraits de White Noise ce matin, c’est drôle d’une manière insupportable.

/////////////////////////////////// journal discontinu //// 11.2.2020 ////////////////////////////////////

10h 815 + 145 ce matin. Chaque personnage découvre un peu plus sa folie. Un des personnages je l’ai compris a le fantasme de mourir dans un accident de voiture. Il va donc constamment penser à ça comme son échappatoire. J’aimerais qu’à la lecture on aie le sentiment de se balader de l’un à l’autre mais en gardant entre chaque un fil très fin, très clair. J’essaie de varier les rythmes, souvent les portraits se terminent en sorte de catastrophe suspendue. Je commence à voir comment l’histoire de ce moment-là s’infiltre dans leur histoire à elleux. À travers le job des parents, à travers ce qu’ils entendent et où ils vont. J’espère que les envolées à la Violette Leduc passent. but of course, I get all the kick, does the reader get the same?

/////////////////////////////////// journal discontinu //// 7.2.2020 ////////////////////////////////////

8h37 J’ai fui Berlin pour Bristol. J’ai fini The God of Small Things d’Arundhati Roy il y a deux jours, je suis presque à la moitié du Ministry of Utmost Happiness. J’adore l’ampleur de ces romans et comment l’histoire est mêlée à la foule d’histoires dont les personnages sont le centre. C’est encore en suspend pour moi, comment l’histoire peut-être rencontre ce qu’il se passe dans Étés.

10h48 612 mots et un peu de réflexion sur la structure.

/////////////////////////////////// journal discontinu //// 3.10.2019 ////////////////////////////////////

15h – 1391 mots – c’est la fête de la deutsche einheit aujourd’hui, je bosse dans l’atelier où je viens juste de commencer à louer un bureau.

depuis que je suis revenue à Berlin, j’écris le matin, un paragraphe, deux phrases, presque rien mais ça me permet de garder le contact.

ce qui me préoccupe le plus en ce moment, c’est de trouver l’équilibre entre les deux voix de la narratrice. bien tracer la ligne entre les deux, répartir les rôles, éviter la répétition.

ce que j’espère, c’est faire de la voix omnisciente une voix qui parle du milieu dans lequel sont les personnages, qui montre comment ils sont pris dans un filet qui les mène forcément à se désintégrer. l’autre voix, celle de la narratrice dans le temps présent, c’est celle qui est sans recul, qui ne voit pas ce qui se passe, qui agit donc qui va s’écrouler. mais parce qu’elle n’est pas dans la lecture de ce qui se passe, elle peut aussi créer. plus j’écris plus je trouve ce qui les différencie dans leur ton, leur grammaire, leur vocabulaire.

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11.08.2019

hey, tu sais peut-être que j’écris des pièces et des nouvelles (j’ai un site en friche où il y a une liste pas tout à fait à jour https://horsescrossing.wordpress.com/cv/), well écoute ça, je me lance dans un roman.

c’est une histoire qui sourd dans mon cerveau depuis longtemps, c’est un roman d’apprentissage en banlieue parisienne, fait de tendresse et de violences diverses, c’est l’histoire d’un groupe d’ami.e.s. qui se désintègre au tournant des années 2010. c’est l’occasion pour moi de retourner dans ma ville d’adoption, S. et de voir comment on y poussait quand on avait vingt ans et des privilèges mais pas d’horizon. le roman n’a pas encore de titre.

j’ai commencé à l’écrire à Pâques, je me suis enfermée dans une chambre d’auberge de jeunesse à côté de chez moi – j’habite à Berlin depuis 2016 – et j’ai écrit vingt pages de matériau. je m’y remets demain (le 12.08.2019) et jusqu’à fin août, avec l’ambition d’avoir écrit une centaine de pages avant coupes. je le jure.

je vais essayer de tenir un court journal de mes progrès sur cette page (les mises à jour apparaîtront sous ce texte) et je publierai des extraits quand je le sens. pour prendre un peu de distance, pour avoir une trace, pour inviter qui veut bien y entrer dans le chaos de l’écriture, pour avoir un peu de soutien.

donc, bienvenu.e.s. ici, dans le chaudron, là où un désir de magie fait bouillir des ingrédients innommables. merci d’être là.

pour les commentaires, bienvenus, https://www.facebook.com/events/2534726133464022/ ou m.yan@posteo.net

servus!

Marie

— avec le soutien hospitalier de l’Ivryade, la coloc de la rue Pasteur, qui m’héberge pendant cette résidence improvisée dans les bibliothèques parisiennes. merci à vous infiniment : Maguelone, Romain, Valentin, Antoine, Guillaume. —

/////////////////////////////////////////// fin //// 1er septembre ///////////////////////////////////////////

15h43 – salut à tou.te.s !

la résidence s’est terminée un peu comme une longue glissade imprévue.

d’abord, il y a eu dimanche dernier un échange vraiment super et d’une grande aide avec Tiphaine Vigniel et Lea Piontrzakontev on s’est vues sur Skype pour lire un extrait un peu bricolé du début du roman.

ça m’a bien encouragée ! on me dit que l’atmosphère de banlieue y est, qu’on ne se sent pas perdu.e, que la langue est fluide.

ensuite lundi, à la suite de ce skype, comme souvent ça m’arrive après avoir l’impression d’avoir atteint un palier ou terminé quelque chose, mon cerveau s’est éteint tout à fait et j’ai été très déprimée et fatiguée toute la journée du lundi où il faisait par ailleurs une chaleur de four à Paris. j’ai juste recopié mes notes sur le logiciel et j’ai laissé tomber. j’ai écrit peut-être une page de plus, une scène de départ en vacances, à l’envers de ce qu’il se passait, vu que j’étais en train de rentrer…

et de mardi à maintenant, je n’ai pas tenu le cap, il y avait trop de gens importants à voir à Paris, j’ai laissé l’ordinateur de côté, en pensant refaire des coupes, avoir une première partie vraiment léchée avant de la poster ici mais ça n’a pas marché !

donc j’oublie l’ambition de recouper, je vous mets les pages qu’on a lues ensemble et qui sont donc un bout de ce que j’aurai écrit en août (j’ai écrit je crois 19 000 mots environ, à peu près 27 pages). c’est un premier jet. l’extrait se trouve ici : Étés, extrait du premier jet.

rien qu’en un mois, beaucoup de choses ont changé dans le projet, à travers les discussions que j’ai eues et puis simplement les personnages, les lieux, les intrigues qui commencent à trouver leur vie propre. je m’habitue aussi à reparler de la banlieue, de l’adolescence… tout devient un peu plus beau, un peu meilleur.

je voudrais avoir fini ce roman avant l’été prochain si je peux. on verra !

entretemps le site thecauldron.pen.io est réapparu, il avait disparu sans raison la semaine dernière. je ne sais pas si je le fais migrer vers un blog pour éviter ça… je continuerai de le mettre à jour sporadiquement.

merci du coeur ! à vous tou.te.s ! d’avoir suivi ce plongeon, ça a été un gros plaisir et un vrai soutien de pouvoir partager et d’avoir vos retours et de vos nouvelles.

si ça vous a plu, je pense que si je refais une semaine d’écriture intensive dans les mois qui viennent, je recréerai un événement, je ne sais pas encore. what do you think?

enfin, bonne rentrée à tou.te.s, si vous lisez l’extrait n’hésitez pas à m’écrire ce que vous en pensez.

ciao, goodbye, au plaisir, à bientôt, je vous embrasse x

///////////////////////////////////// jour 14 //// dimanche 25.8.2019 /////////////////////////////////////

16h06 – 764 mots. je suis crevée ! pause. la lecture d’hier a été un bon moment. beaucoup de boulot pour rendre la première partie plus serrée mais c’est un bon début. si je rentre à Berlin avec la première partie presque bouclée, je suis contente. je suis loin des cents pages que je voulais mais c’était arbitraire.

je me pose une sorte de défi formel, la première partie avec une langue plutôt classique et de longs morceaux de deux voix seulement (la narratrice à deux âges différents), la deuxième partie avec l’apparition des voix de ses ami.e.s et la troisième partie en fragments, comme j’avais prévu au départ. du contrôle de l’histoire à la perte de contrôle en gros.

j’ai repris quelques bouquins de la dernière pioche. on sait jamais, si vous cherchez une lecture pour finir le mois…

Aki Shimazaki – Hotaru – son écriture me fait penser à un animal blessé. pas un mot ou un geste de trop, les phrases sont courtes, en cercles concentriques à partir de la narratrice mais toujours quelque chose qui saigne, qui est évoqué au détour d’une phrase. c’est très beau.

c’est une grand-mère qui raconte à sa petite fille son plus grand secret, comment un homme plus âgé qu’elle, en la séduisant a décidé de sa vie. ça se passe au Japon dans l’entre-deux guerre et juste avant la bombe.

Dai Sijie – Trois vies chinoises

j’ouvre une page au hasard.

« Soudain, l’homme s’est réveillé et s’est assis sur la table d’opération, mais il semblait bien fatigué. Il a regardé le chirurgien, pour tenter de l’identifier, mais comme il était myope, il a cherché, à tâtons autour de lui, ses lunettes, sans lesquelles il ne voyait rien. Il n’a trouvé que ses intestins, qu’il a tenté de se remettre dans le ventre, puis il est tombé en avant, il a eructé, comme pour refouler un vomi, il a relevé la tête, a regardé de nouveau le docteur Ma, et lui a craché du sang en pleine figure. Le crachat a atterri sur le nez du médecin, un gros crachat, épais, rouge carmin, qui a coulé en bas de sa figure. Il a poussé un cri d’horreur, un cri déchirant, qui a marqué le début de sa démence. À compter de ce jour, il a passé son temps à essuyer comme un forcené ce crachat sanglant qu’il croyait toujours sur son nez. »

Ying Chen – L’ingratitude. Longue prosopopée à la première personne, une jeune fille qui s’est suicidée. j’ai le sentiment que ça se répète – il y a peu d’éléments, elle en veut à sa mère, elle veut la faire souffrir, elle se tue et on sait ça dès la première page. quand même, bon rythme.

Phan Huy Duong – Un amour métèque. ça me réjouit pas trop, ce que je lis en diagonale sur les femmes. mais le ton est acide et colérique, ça bouge. “Sur la commode, l’aquqrium diffusait une lumière glauque. Les guppys nageaient, gracieuses et lentes traînées de couleurs assourdies. Il regardait leur glissement silencieux et ressentit comme de l’angoisse. Il faut enlever cet aquarium. La semaine dernière un guppy est mort. Les enfants l’ont vu flotter ventre en l’air, et ils ont sangloté. Les enfants n’ont pas le sens de la mesure. Ils ne savent pas aimer raisonnablement. Il ne faut pas les habituer à aimer les animaux. Ils risquent un jour d’aimer aussi les hommes et de devenir meurtriers.”

à lundi, plus que cinq jours. x

///////////////////////////////////// jour 13 //// samedi 24.8.2019 /////////////////////////////////////

10h14 – aujourd’hui relecture et découpage, bonne journée à tou.te.s !

Imprimé_1erepartie

///////////////////////////////////// jour 12 //// vendredi 23.8.2019 /////////////////////////////////////

12h31 – BNF salle G – littérature étrangère.

je fais un Tinder des bouquins avant de m’y remettre. devant l’étagère ASI84 – littérature asiatique francophone. je prends dix livres au hasard, pour lire deux-trois pages de chaque. on fera ça aussi à mon roman le jour où il sera publié, je n’ai pas de scrupules.

F. Cheng Quand reviennent les âmes errantes – j’avais déjà lu des poèmes, je n’étais pass fan. forme intéressante « Drame à trois voix avec choeur » et caractère sentencieux assumé première ligne « En ce bas monde, en ce très bas monde, tout est vicissitude, tout est transformation. », le côté vieille langue tragique infatigable a du charme, chaque personnage se présente avec « Je suis Chun-niang. » « Je suis Gao Jian-Li. » mais il y a trop d’expressions toutes faites. « je pleurai amèrement » « compagnons de jeu » « ivre de vengeance »

Gao Xingjian, La fuite (pièce) : pas mal ! pas très long, je l’ai lu d’une traite. publié en 92, un huis-clos entre trois personnages qui ont réchappé à Tienanmen (pas cité). Un peu Claudel, un peu Tchekhov… « Dis-moi suis-je encore en vie ? » « Te souviens-tu ? » mais en parlant du massacre. le personnage féminin est touchant mais sans nuance, l’archétype « jolie fille sauvage ».

Anna Moï, Le venin du papillon. j’aimerais le lire pour la toile de fond – un pays asiatique sans nom en phase de décolonisation. la narratrice a aussi presque le même âge que la mienne. Ouverture : « L’année où Xuân a vu ses nichons enfler, le moine s’est foutu le feu. »

« Les rues locales, aussi, ont été rebaptisées. La rue Catinat – à l’origine du verbe catinater, c’est-à-dire se balader rue Catinat (une activité majeure durant l’époque coloniale) – est devenue la fameuse rue de la Liberté de l’hôtel Caravelle. Un autre concept universel, la Justice, orne la pancarte d’un boulevard. La Démocratie n’est attribuée à aucune rue, mais le fait est qu’elle n’a pas non plus son chemin jusqu’au Parlement. Des universitaires, d’anciens rois, et des généraux antichinois ont remplacé les héros français sur les voies. » super scène de sexe entre la narratrice et un type plus âgé. je vais aller l’acheter.

Titaua Peu, Pina. j’aime bien les chapitres qui ont un titre – je trouve ça puéril et rassurant quand je le fais moi-même. Pina parle (les enfants qui parlent dans les romans comme Vardaman Bundren dans As I Lay Dying sont un motif que j’aime beaucoup mais c’est difficile donc rarement bien) – elle a neuf ans : « Le Quartier Latin… peut-être qu’un jour j’irai pour de vrai. Et dans la librairie de Papeete et dans le quartier latin. Pauro, qui sait de plus en plus de choses, dit que dans ce coin de Paris, il y a plein de librairies comme ça, des artistes qui ont une clope à la main, les yeux rivés au sol ou en l’air, ils ont un stylo dans les yeux. Ça doit être beau. » I feel offended by this relatable content. je note la maison d’édition « Au vent des îles – éditions Tahiti ».

3000 mots avant de partir.

14h55 – 954

15h57 – 619 – nouveau personnage, nouveau golem.

18h12 – 784

presque ! 2307. peut-être en rentrant, encore un peu. sinon, à demain x

///////////////////////////////////// jour 11 //// jeudi 22.8.2019 /////////////////////////////////////

10h14 – 701 mots, j’ai écrit une page sur Amandine (tous les noms peuvent encore changer), la némésis de la narratrice en quelque sorte. je commence à l’aimer, comme Mauve, l’autre insupportable amie de la narratrice, c’est bon signe vu qu’on va traîner ensemble un moment.

une chanson passe dans le bar où j’écris, elle dit « Kissed the girls and made them cry »

11h17 – 756 mots.

la seule règle que j’essaie de respecter aujourd’hui : regarder dans le vide pendant dix minutes entre chaque page sans penser à rien. comme si je devais me surprendre moi-même au moment de me lancer.

///////////////////////////////////// jour 10 //// mercredi 21.8.2019 /////////////////////////////////////

16h18 – pas dormi ou presque hier soir, j’ai lu des bouts d’Alain Damasio dont on m’a beaucoup parlé (Les Furtifs) pour me rendormir, un bout de Proust, un bout de Mo Yan et cet après-midi, Despentes. peut-être en mélangeant j’espère exorciser le pastiche.

j’ai passé la journée à structurer le roman, quand j’écris des pièces c’est pareil, d’abord j’ai une idée, un sentiment précis de l’écriture qui se traduit par une sorte de couleur générale, de rythme, j’avance sans filet et avec confiance, ensuite je vois que ça ne tiendra pas sur la durée, je commence à avancer plus doucement, puis vient le moment où je structure tout frénétiquement de A à Z, jusqu’à ce que, après m’être remise à écrire, parce que la structure n’est qu’un squelette, elle ne disparaisse dans l’écriture et qu’il faille la revoir à nouveau.

j’imagine trois parties pour le livre, chacune qui correspond à un été, pour chaque partie j’ai fait une liste d’impressions, essayé de traduire cette couleur générale qui correspond en vrac à : l’état de la narratrice et d’autres personnages principaux (leurs intérêts, leurs relations entre eux et envers leur famille, leurs désirs particuliers, leur rapport à l’intimité et au sexe), à l’impression que je veux donner de la ville, aux évènements de l’actualité qui correspondent à l’été de cette année-là (même si je ne sais pas encore quoi en faire).

j’ai fait une deuxième liste arbitrairement découpée entre juillet et août, des scènes que j’ai en tête ou que je devine.

j’ai fait une mindmap de chaque partie pour mieux la visualiser.

j’ai terminé avec une vue d’ensemble de ce que chaque personnage traverse au cours des trois étés de manière schématique (ex : « désir de départ » puis « absence » puis « peur du retour au point de départ » puis « disparition »).

18h24 – j’ai fait un peu de copier-collage, de colmatage et j’ai écrit peut-être 500 mots.

à demain.

/////////////////////////////////////// jour 9 //// mardi 20.8.2019 ///////////////////////////////////////

16h18 – pas dormi ou presque hier soir, j’ai lu des bouts d’Alain Damasio dont on m’a beaucoup parlé (Les Furtifs) pour me rendormir, un bout de Proust, un bout de Mo Yan et cet après-midi, Despentes. peut-être en mélangeant j’espère exorciser le pastiche.

j’ai passé la journée à structurer le roman, quand j’écris des pièces c’est pareil, d’abord j’ai une idée, un sentiment précis de l’écriture qui se traduit par une sorte de couleur générale, de rythme, j’avance sans filet et avec confiance, ensuite je vois que ça ne tiendra pas sur la durée, je commence à avancer plus doucement, puis vient le moment où je structure tout frénétiquement de A à Z, jusqu’à ce que, après m’être remise à écrire, parce que la structure n’est qu’un squelette, elle ne disparaisse dans l’écriture et qu’il faille la revoir à nouveau.

j’imagine trois parties pour le livre, chacune qui correspond à un été, pour chaque partie j’ai fait une liste d’impressions, essayé de traduire cette couleur générale qui correspond en vrac à : l’état de la narratrice et d’autres personnages principaux (leurs intérêts, leurs relations entre eux et envers leur famille, leurs désirs particuliers, leur rapport à l’intimité et au sexe), à l’impression que je veux donner de la ville, aux évènements de l’actualité qui correspondent à l’été de cette année-là (même si je ne sais pas encore quoi en faire).

j’ai fait une deuxième liste arbitrairement découpée entre juillet et août, des scènes que j’ai en tête ou que je devine.

j’ai fait une mindmap de chaque partie pour mieux la visualiser.

j’ai terminé avec une vue d’ensemble de ce que chaque personnage traverse au cours des trois étés de manière schématique (ex : « désir de départ » puis « absence » puis « peur du retour au point de départ » puis « disparition »).

18h24 – j’ai fait un peu de copier-collage, de colmatage et j’ai écrit peut-être 500 mots.

à demain.

/////////////////////////////////////// jour 8 //// lundi 19.8.2019 ///////////////////////////////////////

1h18 – c’est très idiot d’écrire à cette heure-ci. 423 mots.

13h12 – 958 mots. j’ai atterri à la caféothèque sur les quais – très tranquille pour bosser, très bien, chère comme à peu près les prix de la cherté parisienne. 3,50€ le café, 4,20€ le thé. j’ai dormi chez mes parents (7,30€ l’aller-retour Paris-Sartrouville, au fait, heureusement on me fait le deuxième virement d’une pièce fin août).

je me suis vraiment amusée à écrire ce matin, ça fait du bien. un de mes personnages prend de l’épaisseur. j’ai aussi trouvé un des fils de la violence que j’essaie de dérouler.

un des coeurs de mon histoire est que les filles du groupe d’ami.e.s que je décris s’adorent mais sans le savoir se tirent dessus. le milieu dans lequel elles grandissent, sans qu’il soit ouvertement terrible, les comprime, les encourage à se contrôler les unes les autres, à jouer le jeu des sexes. je pense à Colette et son héroïne Claudine qui terrorise les filles de sa classe.

autre sujet, il m’est venu à l’esprit hier que la période que je décris (j’ai dit les années 2010 en fait non, mes excuses, c’est la toute fin des annés 2000, 2007-2009), au millieu il y a la crise de 2008 et je crois que c’est pas possible de ne pas en parler d’une certaine manière. je cogite. parce qu’en vrai, dans ce groupe d’ami.e.s que je décris, sur combien d’entre elleux cela a eu des conséquences quand ça en a eu partout ailleurs ?

15h04 – j’ai regardé ce qui me ferait plaisir de poster comme extrait et bon, je vais poster l’extrait sur Mauve, le personnage dont je parlais plus haut. hiiiiiii – expression de terreur et de plaisir quasi-masturbatoire, vu que j’ai aimé écrire cet extrait mais aussi que ça veut généralement dire que c’est trop chatoyant et qu’il va falloir y réfléchir à tête reposée

19_8_2019

21h10 – 820 mots. je fais n’importe quoi avec mon rythme, j’ai marché longtemps cet après-midi. citation de Mo Yan que je lisais cet après-midi : “En littérature ce n’est pas briser un bien grand tabou que de décrire un corps. Toute la question est de savoir si l’auteur, au moment où il rédige ce tableau, voit ou non la chair dénudée flotter devant ses yeux.”

/////////////////////////////////////// jour 7 //// dimanche 18.8.2019 //////////////////////////////////////

11hxx – 300 mots.

/////////////////////////////////////// jour 6 //// samedi 17.8.2019 ////////////////////////////////////////

10h54 – vers 2h30 hier j’ai écrit un paragraphe avant de me coucher, presque sans voir l’écran (j’avais enlevé mes lentilles), ça a un certain charme : “Pm était entre nous, dans le sous-sol de Lupo. Sur la table au milieu de la pièce, A. fait tourner les bords d’une cannette sur la table comme s’il s’agissait d’un explosif. Lupo rearde sa collection de CD pour la troisième fois en parlant bas pour souligner sa r´´flexion. Mauve compte le nomdre de bracelets de perles de rocaille à son bras. Je suis assise et je regarde le plafond. Il ne s’agit pas d’un moment de calme non, il ne s’agit pas d’une entente sans paroles. Amandine va revenir. Tout est suspendu.. Personne n’avait prévu un échec mais tout le monde `à tout moment est préparé à souffrir un lac long comme une plage. Les soupirs devienennt exagérés, le moindre geste de la tête est un et un evenement que personne ne commente. On a rien à fairee, on reste ensemble. De la maison des parents à celle de amis, combien de différnce ? Presque aucune.”

avoir ou ne pas avoir de pause le samedi et dimanche ?

/////////////////////////////////////// jour 5 //// vendredi 16.8.2019 ////////////////////////////////////////

7h30 – matin chagrin, je me suis couchée tard hier mais de nouveau on se retrouve avec Nora Haakh pour commencer à écrire ensemble.

9h28 – j’ai écrit une page qui n’a rien à voir avec là où je me suis arrêtée hier mais qui pourrait être un motif plus tard (le rapport à Internet à la fin de l’adolescence).

12h46 – je suis arrivée à la BNF et j’ai feuilleté plusieurs bouquins de sociologie sur la banlieue. “Regards croisés sur la banlieue” (avec un liste de romans à dénicher et d’auteur*rices classé*es de manière réductrice dans la “littérature de banlieue”: Leïla Sebbar, Mehdi Charef, Akli Tadjer, Azouz Begag, Daniel, Calixthe Beyala, Rachid Djaïdani…), “Dictionnaire des banlieues” (pas du tout au fait des études postcoloniales et des critical race studies, assez délirant de voir qu’un ouvrage universitaire – 3/4 des auteur*rices profs à Paris VIII – emploie, même avec des guillemets, le terme “Français de souche” pour parler de discriminations raciales. ouvrage publié en 2009 cependant.), et puis “La France des “petits-moyens” enquête sur la banlieue pavillonaire”. c’est presque douloureux de lire une enquête sociologique de la réalité qu’on a connue.

la documentation est toujours à un certain point un écueil pour l’écriture mais une sorte de béquille aussi. je m’y remets.

16h01 – 1874 mots pour aujourd’hui. je réécris peut-être en rentrant, vingt minutes. à chaque moment je me dis : “est-ce que c’est ennuyeux ? est-ce que je m’ennuie ?”

ce qui m’intéresse c’est d’utiliser une langue très classique mais de trouver un moyen de la bâtardiser. je ne sais pas exactement si c’est à travers le contenu de l’histoire ou avec des expressions qui contrastent…

je voudrais poster un extrait la semaine prochaine.

////////////////////////////////////////// jour 4 //// jeudi 15.8.2019 //////////////////////////////////////////

7h30 – check-in avec Nora Haakh, on a échangé nos souhaits pour la journée

8h19 – je me sens bloquée, je ne sais pas ce qui vient après la dernière page que j’ai écrite.

11h30 – matinée difficile, je n’ai presque rien écrit, quelques phrases. j’ai lu des extraits de Barthes, La Préparation du roman (merci Nicolas Aude), une lettre de Hemingway à Fitzgerald sur Tender is the Night, des BDs à portée de main (La Légèreté de Catherine Meurisse, Elle s’appelait Tomoji de Jiro Taniguchi), j’ai résumé encore une fois les fils principaux de l’histoire, les lieux qui m’intéressent (un groupe d’amis qui se désintègre, la banlieue parisienne et la classe moyenne comme environnement, comment le groupe détruit la personne). je suis divisée entre continuer à écrire comme j’avais commencé avec les fragments – par association – et me mettre à faire un plan très serré de toute l’histoire.

12h37 – j’ai eu le sentiment agréable de trouver un début de pelote dans un amas de fils. j’ai découvert un trait important de la narratrice (enfin, je suis pas encore sûre que ce sera la seule)- sa peur du regard. j’ai aussi trouvé une référence pour la structure du roman (je ne savais pas vraiment comment réintroduire l’idé d’avoir des fragments qui viennent se glisser dans la narration principale) : ce sont les appartés que fait parfois l’auteur*rice de manga dans les marges ou à la fin des chapitres (avec une anecdote sur le processus de travail ou sur un des personnages) et qui peut être complètement en décalage avec la tension de la narration au moment où il arrive. je vais essayer de trouver le nom il doit y en avoir un.

aussi, le cours de Barthes est sur ubu : La Préparation du roman – Cours au Collège de France 1978-1980

vocabulaire de travail : Proust parlait d’”ajoutages” à son éditeur quand il rallongeait son texte et de “préparer” un personnage pour dire qu’il savait comment un personnage réapparaîtrait dans un épisode suivant.

16h24 – 1315 mots et feuilleté Un coeur simple pour voir les passages où Flaubert saute avec une ironie coupante sur l’hypocrisie de ses personnages (avec juste un article déterminant “La mère Liébard, en apercevant sa maîtresse, prodigua les démonstrations de joie.”). J’aime aussi beaucoup ses transitions voyantes et ses chutes, qui sont là où il est drôle et cruel. (fin du chapitre 1) “Son visage était maigre et sa voix aiguë. À vingt-cinq ans, on lui en donnait quarante. Dès la cinquantaine, elle ne marqua plus aucun âge ; — et, toujours silencieuse, la taille droite et les gestes mesurés, semblait une femme en bois, fonctionnant d’une manière automatique.” Chapitre 2 : “Elle avait eu, comme une autre, son histoire d’amour.”

ou “Presque toujours on se reposait dans un pré, ayant Deauville à gauche, le Havre à droite et en face la pleine mer. Elle était brillante de soleil, lisse comme un miroir, tellement douce qu’on entendait à peine son murmure ; des moineaux cachés pépiaient et la voûte immense du ciel recouvrait tout cela. Mme Aubain, assise, travaillait à son ouvrage de couture ; Virginie près d’elle tressait des joncs ; Félicité sarclait des fleurs de lavande ; Paul, qui s’ennuyait, voulait partir.”

je vais essayer de faire un sprint de trente minutes vers 18h, d’ici là je fais une pause et je sors, j’ai la tête dans le brouillard.

18h31 – donc, vingt minutes sans s’arrêter.

19h06 – 585 mots. on verra combien à couper ! je commence à entrevoir le rythme que je peux avoir les jours suivants. à demain.

//////////////////////////////////////// jour 3 //// mercredi 14.8.2019 //////////////////////////////////////

7h44 – yes.

09h28 – j’ai écrit une longue page, c’est allé vite mais je ne suis pas tout à fait sûre de ce que je fais, là. la langue est très instable. de nouveaux personnages apparaissent que je n’avais pas prévus.

je me bats avec l’idée que je ne peux pas prévoir entièrement la forme du roman, qu’une part émerge avec le matériau lui-même.

ce qui m’effraie le plus est d’avoir un tas de texte informe qui me dépasse et mon temps est limité, à partir de septembre je retourne bosser et je n’aurai que très peu le calme que j’ai maintenant pour écrire. ne pas y penser.

11h07 – je me suis laissée distraire, je sors. je travaille sur une page qui se passe dans l’hypermarché de la ville où se déroule le roman, la narratrice et une amie s’y donnent rendez-vous. je repense à l’hypermarché qui est le modèle de celui-ci. c’est un de ces endroits qui me semblent hors littérature. pourtant j’ai trois extraits en tête sur les supermarchés, Au bonheur des Dames (Émile Zola), une de nouvelles de Heureux les heureux (Yasmina Reza) et Agamemnon : A mon retour du supermarché, j’ai flanqué une raclée à mon fils (Rodrigo Garcia). au fond, il y a une appréhension de ce que je ressens encore comme très contemporain. j’essaie de le regarder avec les yeux d’il y a dix ans et de ne pas juger. c’est aussi un endroit que je voudrais voir disparaître, je ne voudrais pas en parler ou le rendre meilleur qu’il n’est mais je ne peux pas l’éviter non plus parce qu’il fait partie de la géographie du roman. c’est une position de témoin en quelque sorte. donc, il faut le faire.

17h16 – 2412 mots. comment retrouver le sentiment exact de l’Hypermarché a été le thème de l’après-midi. je vais aller ouvrir un bouquin dessus.

18h35 – j’ai ouvert “Carrefour ou l’invention de l’hypermarché” dans la salle D de la BNF (338.409 44 LHER c). putain je suis remontée. cette impression de lire l’ennemi atroce quand j’ouvre le moindre bouquin d’un rayon “management”. je viens d’y apprendre comment les entrepreneurs français ont transposé les idées du colombien Trujillo – testées aux Etats-Unis: “Faites des usines à vendre, avec des océans de parking” “Monkey see, monkey do” “Les succès repose sur trois pieds : le libre-service, les prix bas, le spectacle. Qu’un seul vienne à manquer, tout s’écroule.” “Empilez haut mais vendez bas.” “Le plus grand barrage entre le client et la marchandise, c’est le vendeur.” “Pensez aux porte-monnaie de vos clients et parlez à leurs rêves.” “ No parking, no business” “Tout sous le même toit” “L’avenir est au tout-automobile” “Faites du cirque dans vos magasins”

AH !

je me calme.

à demain.

////////////////////////////////////////// jour 2 //// mardi 13.8.2019 //////////////////////////////////////////

10h49 – levée trop tard, maintenant dans un café encore vide dans la rue du Chevaleret. j’ai annoté les premières pages de La Sorcière, excellentes deux premières pages où il y a déjà tout le malheur de la narratrice.

“Quand mes filles eurent atteint l’âge de douze ans, je les initiai aux mystérieux pouvoirs. …

(indication d’une rupture dans la vie de la narratrice / utilisation d’une langue châtiée qui crée l’attente d’un monde ancien / premier élément d’une relation familiale / “mystérieux pouvoirs” : curiosité, attente d’un monde magique, compliquée deux paragraphes plus loin par “Nous nous installions à l’abri des regards de leur père, au sous-sol. Dans cette grande pièce froide et basse , aux murs de parpaings” : première référence à un monde contemporain.)

… Non pas tant, mystérieux, parce que je les leur avais dissimulés (avec elles, je ne me cachais de rien puisque nous étions de même sexe), mais plutôt que, ayant grandi dans la connaissance vague et indifférente de cette réalité, elles ne comprenaient pas plus la nécessité de s’en soucier ni d’avoir, tout d’un coup, à la maîtriser d’une quelconque façon, qu’elles ne voyaient l’intérêt pur elles d’apprendre à confectionner les plats que je leurs servais et qui relevaient d’un domaine tout aussi lointain et palpitant.”

(la narratrice a une connaissance extrêmement précise de ses filles mais n’a pas leur respect. elle les sert et n’en obtient pas de reconnaissance. c’est un personnage dédaigné malgré ses dons extraordinaires et qui a accepté cette position. sa seule puissance est l’observation, elle n’a de contrôle que sur le monde qu’elle décrit – métaphore de l’écrivain. tout le roman est campé.)

la narratrice principale de *** (roman sans titre) a bien une voix mais elle est encore trop changeante, j’hésite à réécrire plusieurs passages entièrement à la troisième personne. je n’ai pas de première page, je vais essayer de la trouver aujourd’hui. à plus tard.

11h17 – j’ai 32% de batterie je vais écrire jusqu’à ce que l’ordi s’éteigne ou qu’on me vire pour le service du midi.

12h02 – le titre du roman et la première page se sont présentés à moi pendant que je navigais dans les différents fragments. le roman s’appelle “Étés”. comme la saison et comme si on avait fait un nom du fait d’avoir été quelque chose. ça me plaît. j’ai écrit 555 mots, très joli chiffre.

13h09 – après une pause-déjeuner sur le parvis de la BNF, je reprends – salle G, littérature étrangère, la photo de Toni Morrison trône à l’entrée.

14h44 – 1732 mots, j’ai surtout fait du collage. la langueur de l’après-midi est sur moi.

16h12 – je vais finir la page que j’écrivais et y aller. demain je veux me lever vraiment tôt. Scrivener “quitted unexpectedly” pour la première fois mais rien n’est perdu.

16h56 – 1993 mots aujourd’hui : que se passait-il en 1993 ? (fin de la Tchéquoslovaquie, Foule sentimentale de Souchon, bombe sur le World Trade Center ?, le traité de Maastricht établit légalement l’Union Européenne).

je me demande si je suis aussi satisfaite de l’écriture continue que de l’écriture en fragments. ça demande un souffle complètement différent. à demain, donc, tôt.

////////////////////////////////////////// jour 1 //// lundi 12.8.2019 ///////////////////////////////////////////

9h30 – le bibliothèque de l’Hôtel de Ville ouvre, les fonctionnaires sont de bonne humeur. la salle de lecture est entièrement boisée avec un globe sous verre qui trône au milieu. début du travail.

10h20 – fini de faire la transition entre openoffice et scrivener pour la vingtaine de pages que j’ai : on peut tout diviser en chapitres et scènes faciles à déplacer, à la fin le logiciel fait la mise en page et compile.

je ne suis pas certaine que ça fonctionne bien pour le format que j’ai choisi pour le roman – des fragments.

j’ai rempli sans grande conviction des fiches “character” proposées par Scrivener.

toutes les heures, je fais une pause.

11h20 – j’ai fait le point sur la période que couvre le récit, pas encore tout à fait clair comment je vais tout tisser, j’imagine une structure en spirale, plus on approche du centre plus les personnages et l’environnement donnent des signes clairs de la catastrophe – ces signes ne se suivent pas chronologiquement – pour l’instant j’y vais à l’instinct.

12h39 – 760 words – plutôt lent. avoir commencé avec la structure m’a un peu cassé les pattes.

13h26 – j’ai revu la structure, j’imagine trois parties, chaque partie correspond en gros à un été, dans chaque partie des sauts en arrière et des extraits de carnets de la narratrice. il me faut un nouveau début et je vais reclasser tous les fragments que j’ai déjà selon les trois étés. merci à Giulio Rasi qui m’a offert Scrivener.

15h03 – j’ai écrit encore 900 mots à peu près. il y a de l’orage. mon voisin lit “essai d’une histoire raisonnée de la philosophie païenne” d’A. Kojève. je suis distraite. j’arrête dans deux heures.

16h33 – j’en ai marre.

16h53 – j’arrête, je vais relire un peu La Sorcière de Marie NDiaye, la narratrice est à la fois complètement impuissante et d’une acuité incroyable, ça me fascine. à demain.